Bonjour,
Je partage ici mon retour d’expérience dans le cadre d’un projet de construction en CCMI, qui aura duré plus de trois ans au total.
Ce retour d’expérience concerne un projet réalisé avec
Mortier Construction (marque Primea – groupe Villadim).
Il s’agit d’un témoignage factuel fondé sur mon dossier, mes échanges écrits et les constats établis.
Je précise que mon objectif n’est pas de généraliser à l’ensemble des constructeurs, mais d’exposer factuellement une situation qui, à mon sens, illustre certaines dérives possibles en fin de chantier lorsque le particulier se retrouve en position de faiblesse.
1. Contexte général
Le projet s’est étalé sur plus de trois années, avec une accumulation de retards, d’aléas, de reprises et de difficultés de communication.
Les indemnités de retard prévues au contrat ne compensent absolument pas l’ensemble des préjudices réellement subis :
désorganisation familiale et professionnelle,stress important,double loyer et crédits (avec intérêts),perte de temps,nécessité de surveiller le chantier et de multiplier les démarches pour obtenir des corrections pourtant élémentaires.
2. Dysfonctionnements techniques et organisationnels avant réception
A) Pompe de relevage imposée en cours de projet
En cours de chantier, une pompe de relevage des eaux pluviales nous a été imposée.
Le réseau est sous le trottoir à 5m50 de la maison. Cette pompe aurait pu être évitée par une conception différente (par exemple une rangée de parpaings supplémentaire sur le vide sanitaire ou une adaptation altimétrique).
Résultat :
coût supplémentaire à notre charge,entretien futur à prévoir,solution qui, pour une maison neuve, ressemble davantage à un contournement qu’à un vrai choix de conception.Cela nous a donné le sentiment d’une anticipation technique insuffisante, avec un transfert de contrainte et de coût vers le maître d’ouvrage.
B) Malfaçon grave sur une douche à l’italienne
Une malfaçon majeure a été découverte uniquement grâce à mon passage inopiné sur le chantier.
La douche à l’italienne était en cours de réalisation :
sans aucun système d’étanchéité sur la dalle,sans SPEC / SEL,sans primaire,sans traitement des points singuliers (angles, siphon, traversées),avec une pose prévue directement sur la dalle.Fait particulièrement troublant :
Avant ce passage, le carreleur m’avait transmis une photo censée montrer l’étanchéité réalisée.
Sur cette photo, on voyait clairement une couche bleue d’étanchéité.
Or, sur ma douche réelle, il n’y avait que du placo / support nu au niveau de la dalle.
La photo transmise ne correspondait donc pas à ma douche.
Sans mon passage imprévu, la douche aurait très probablement été carrelée sans étanchéité conforme.
La reprise complète n’a été effectuée qu’après mon signalement.
C) Accès anticipé refusé
Il nous a été impossible d’obtenir un accès anticipé au logement avant réception, ce qui a empêché la préparation de travaux à notre charge et a fortement pénalisé l’organisation de l’emménagement.
D) Communication et visibilité très dégradées
Pendant toute la fin de chantier :
peu ou pas d’informations sur l’avancement,pas de planning fiable communiqué,promesses de dates non tenues,nécessité de multiplier les relances et escalades auprès de la direction pour obtenir des réponses.
3. Fin de chantier : impossibilité de tester les équipements
À l’approche de la réception, l’électricité n’était toujours pas disponible.
La cause était un retard de pose de la GTL (gaine technique logement), pourtant à la charge du constructeur, ce qui a retardé l’intervention du gestionnaire de réseau.
Conséquence directe :
il était matériellement impossible de tester correctement :
la pompe à chaleur,la VMC,les équipements électriques,les volets.
4. Pressions sur le paiement des 95 % avant réception
Malgré cette situation parfaitement connue, j’ai reçu des courriels écrits indiquant clairement que :
le paiement des 95 % devait impérativement être effectué avant la réception,à défaut, un arrêt de chantier serait mis en place,et la réception serait suspendue.Sous cette pression, et dans un contexte logistique très contraint (emménagement, organisation familiale, fin de chantier), j’ai finalement procédé au paiement des 95 % avant la réception, alors même que :
les équipements n’étaient pas testables,et qu’un contrôle réglementaire obligatoire n’avait pas encore été réalisé.
5. Test de perméabilité RE2020 non réalisé avant réception
Dans le même temps, le constructeur reconnaissait par écrit que :
le test de perméabilité à l’air RE2020 n’avait pas été réalisé avant la réception,et qu’il serait effectué après.
6. Tentative d’arrangement amiable abandonnée
Avant la réception, un échange a eu lieu avec la direction afin de rechercher un arrangement amiable global visant à rééquilibrer l’insatisfaction du projet (notamment par une modification d’ouvrage à titre de compensation).
Cette discussion s’inscrivait dans une logique de sortie de conflit.
Cependant, cette piste a rapidement été abandonnée au profit d’une stratégie orientée uniquement vers les demandes de paiement.
7. Réception avec réserves et constat de commissaire de justice
La réception a eu lieu avec :
de nombreuses réserves,et un constat de commissaire de justice établi le jour même.
Les réserves portent notamment sur :
- Enduits extérieurs abîmés
- Descente de gouttière abîmée
- Menuiseries abîmées
- Finitions non conformes ou inachevées
- Éléments non posés le jour de la réception
- Désordres divers sur les ouvrages de finition
- Dégradations et salissures causées par les travaux de jointoiement du carrelage : allée extérieure dégradée / salie et enduit de façade taché par les produits de jointoiement du carreleur...
Par ailleurs au titre de la GPA :
- Absence de barillet sur la porte de communication garage / cuisine (porte non verrouillable – défaut de sécurité et d’usage)
Par ailleurs :
La domotique (volets io) n'a pas été appairée (contrairement à la notice descriptive), les équipements de pilotage fournis ne permettaient pas (horloge Chronis et Switch Tahoma) n'étaient pas suffisant pour faire cette initialisation. Nous avons dû acheter une télécommande pour faire l'appairage. Cela alimente le fait que les équipements n'étaient pas pleinement testés par le constructeur.
8. Après réception : réserves non levées et inertie
Depuis la réception :
les réserves ne sont toujours pas levées,aucun calendrier sérieux et fiable n’a été communiqué,plusieurs relances sont restées sans effet,une sommation de faire a été délivrée.
9. Demandes de paiement après réception
Malgré l’absence de levée des réserves, le constructeur a ensuite :
exigé le paiement rapide du solde de 5 %,puis demandé un paiement partiel fondé sur un chiffrage unilatéral des réserves.Je précise un point important :
L’« état annexe des réserves » a bien été établi contradictoirement au moment de la réception pour la liste des réserves.
En revanche, les montants avancés ensuite pour justifier un paiement partiel :
n’ont fait l’objet d’aucun contradictoire technique ou financier,aucun devis accepté,aucune expertise contradictoire.Il s’agissait uniquement d’une estimation unilatérale.
10. Consignation présentée comme « obligatoire » et menaces
Dans un second temps, la consignation du solde a été présentée comme :
obligatoire,devant être réalisée dans un délai imposé,assortie de menaces de recouvrement.Ce discours est juridiquement contestable et a été vécu comme une nouvelle pression financière, alors même que les réserves ne sont toujours pas levées.
11. Démarches engagées
Face à cette situation d'inertie prolongée et de pressions financières (5 mois et demi après la livraison sans aucune action sur les réserves), j’ai saisi :
la DDPP / DGCCRF,ainsi que le garant de livraison.
12. Conclusion personnelle
Mon expérience met en évidence :
une gestion de chantier très décevante,une communication insuffisante,des défauts de contrôle qualité,et surtout, en fin de projet, des pratiques de pression financière particulièrement contestables.Je partage ce récit pour que d’autres maîtres d’ouvrage puissent être vigilants, notamment sur :
les paiements avant réception,les réserves,les chiffrages unilatéraux,et l’utilisation de la consignation comme levier de pression.En cas de situation similaire, je recommande vivement de ne pas accepter les demandes de paiement sans vérification, de se faire accompagner si possible, et de signaler les pratiques aux services de protection des consommateurs.